Conférence CCIFJ : La puissance financière de la Chine

Analyse  | 

Le 19 novembre dernier, la CCIFJ avait le plaisir de recevoir M. Claude Meyer, spécialiste de la finance japonaise et chinoise et de l’intégration financière en Asie. Claude Meyer enseigne l’économie internationale à Sciences Po Paris et est l’auteur du livre “La Chine, banquier du monde”, publié chez Fayard en 2014.

Durant cette conférence organisée en coopération avec l’association des Anciens Elèves de Sciences Po Paris, Claude Meyer a partagé ses vues sur le pouvoir financier de la Chine. Dans le contexte du triomphe chinois au sommet de l’APEC mi-novembre, son analyse était très attendue des participants.
Son exposé s’est articulé autour de trois questions principales. Comment ce pays où le revenu annuel moyen par habitant est de 7000$, peut-il prêter des sommes aussi colossales aux grandes puissances du monde ? D’où vient cet argent et comment est-il utilisé ?
Ressources naturelles, technologies, sociétés industrielles, immobilier, la Chine investit dans tout et partout. A tel point que les journaux s’émeuvent de ce pays qui « achète le monde ». Au-delà des manchettes racoleuses, où et dans quoi investit vraiment la Chine ?
Enfin, Xi Jinping a évoqué lors de son intronisation son « rêve » de voir « renaitre la nation chinoise », de la voir « retrouver sa place ». Ses succès diplomatiques lors du dernier sommet de l’APEC et les rachats retentissants en Europe montrent que ce rêve est en passe de devenir réalité. Doit-on craindre cette volonté hégémonique ? Comment y répondre ?   


Cette politique très active, voire agressive, en matière d’investissements directs étrangers (IDE) a commencé en 2005 et a depuis connu une rapide accélération. En 2013, le stock d’IDE était de 500 mds$, une somme colossale mais qui représente seulement 6% du total mondial. Cette manne repose sur la gigantesque épargne des entreprises et des ménages : 30% de l’épargne mondiale, soit l’équivalent de 51% du PIB chinois (contre 25% en moyenne dans les pays développés). En effet, les ménages épargnent en moyenne 27% de leurs revenus comme précaution face à un système social défaillant.
L’acteur principal de cette politique financière a été jusqu’à présent l’Etat-Parti chinois, principalement par l’intermédiaire de ses banques stratégiques : la Banque d'import-export, dite Eximbank, et la Banque de développement, la CDB. La Chine a également poussé la récente création d’une Banque de développement des BRICS en concurrence avec les autres banques de développement dominées par les Etats-Unis. Très actives et généreuses, elles prêtent parfois plus que la Banque mondiale, notamment en Amérique Latine.


Contrairement à ce que disent les journaux en quête de sensations, la Chine n’achète pas le monde, elle achète ce qui lui fait défaut pour son développement accéléré : des ressources naturelles, de la technologie de pointe pour les transformer, l’accès à de nouveaux marchés pour les écouler. Or, pour ces trois éléments, elle est encore fortement dépendante de l’étranger et donc des aléas géopolitiques.
Sa croissance forte et durable consomme et gâche d’abondantes ressources, l’obligeant à sécuriser ses achats. 60 à 70% de son arsenal technologique provient de l’étranger (licences ou production des filiales étrangères). En réaction, la Chine a lancé un plan ambitieux pour inverser ce ratio à l’horizon de 2020. Les progrès sont rapides et la percée sera impressionnante selon Claude Meyer. Enfin, ayant subi de plein fouet l’effondrement du commerce mondial au début des années 2000, elle cherche à diversifier ses débouchés au-delà de l’UE et des USA.
Si on dresse la carte des investissements chinois, on comprend qu’ils résultent d’une stratégie de politique industrielle solide et pensée par secteur et région. La priorité est donnée aux ressources naturelles (70%), placées au cœur de sa stratégie de croissance.
L’Amérique du Nord et du Sud arrivent en première position : accès aux hydrocarbures non-conventionnels avec le rachat de Nexen au Canada et au minerai avec le rachat de Las Bambas au Pérou. Puis, on trouve l’Asie et la Russie, dont la Chine s’est récemment beaucoup rapprochée. Les deux pays ont en effet signé un nouvel accord cadre de fourniture de gaz. Vient ensuite l’Afrique, avec 12% de ces investissements. La Chine essaye d’y bâtir une relation globale (économique, politique, culturelle). Cela passe par des investissements directs et par la construction d’infrastructures qui sont le principal goulet d’étranglement du continent. Enfin se trouve l’UE, où l’action de la Chine se matérialise principalement par des prises de participation, le rachat et la création de filiales. Certaines acquisitions sont très symboliques comme le bail emphytéotique du Pirée d’Athènes ou le rachat de Volvo. Elles ne doivent pas cacher que les investissements chinois ne représentent que 1.5% des IDE extra-communautaires.
Néanmoins, la tendance est à la hausse rapide de ces flux : Claude Meyer estime qu’ils seront multipliés par 4 à la fin de la décennie, pour atteindre un montant de 250Mds$ (équivalent actuel de ce qu’investit le Canada en Europe). La hausse du Yuan et la crise en Europe a rendu ces investissements stratégiques moins chers pour le Chine. Elle y trouve les marques, les infrastructures, la main d’œuvre qualifiée, les technologies et les accès au marché européen dont elle a besoin.


Faut-il s’inquiéter de cette offensive financière ? Claude Meyer a fait le parallèle avec le Japon des années 80. On retrouvait le même phénomène de rachats et d’investissements en grand nombre, avec les mêmes craintes de la part des Occidentaux. La différence est que les Chinois le font de manière plus discrète, notamment pour l’immobilier et les investissements culturels. Qui sait qu’une partie des immeubles de Manhattan ou AMC Entertainment (premier propriétaire de salles de cinéma eu monde) sont maintenant chinois ?  
L’impact des investissements chinois est très différent selon que le pays est développé ou non. En Afrique, les medias ont souvent dénoncé le comportement prédateur de la Chine. Il est vrai que de nombreux abus ont été (et sont) commis, tant sur les populations locales que sur l’environnement. Mais force est de constater que pour certains pays, l’impact a été positif. Le niveau général des infrastructures a aidé à désenclaver les territoires, améliorant la croissance et baissant le taux de pauvreté. De plus, la Chine va dans des pays où les Occidentaux se refusent à opérer que ce soit pour des raisons politiques ou de sécurité. En revanche, grâce à son principe de non-ingérence, Pékin n’hésite pas à soutenir des régimes très autoritaires, voire dictatoriaux.
La situation est très différente pour les pays développés. Sauf dans le cas du rachat/sauvetage d’une société, les bénéfices des IDE y sont beaucoup plus faibles en termes de croissance et d’emplois. Ces investissements créent d’ailleurs de nombreux risques. Des risques économiques, en raison du dumping social et de la distorsion de concurrence pratique par le gouvernement chinois. Des risques politiques, si des gouvernements faibles acceptaient, pour obtenir un soutien financier,  de céder à certaines demandes chinoises (par exemple, reconnaissance de la Chine comme économie de marché ou fin de l’embargo européen sur les armes). Des risques stratégiques et relatifs à la sécurité aussi, lorsque des technologies sensibles sont expatriées en Chine.
Face à ces risques, l’UE manque d’une politique cohérente. Elle ne se montre pas assez ferme sur la réciprocité, notamment en matière de marchés publics, alors qu’en Europe, ils sont largement ouverts aux entreprises chinoises (voir l’échec retentissant de China Overseas Engineering Group -Covec- pour une portion d’autoroute en Pologne) et leur donne parfois accès à des technologies de pointe (voir la prise de participation de Dongfeng dans PSA).

La Chine devient-elle une superpuissance financière ? Certes, l’épargne est la matière première de la finance et la Chine en a beaucoup, mais elle manque des compétences, des instruments financiers et du système financier stable et compétitif qui sous-tendent une superpuissance financière. Jugulé et inefficace, le système financier chinois est de surcroît plombé par le shadow banking et les créances douteuses. De plus, le Yuan n’est pas convertible pour les transactions financières. Le chemin sera long avant qu’il ne devienne une véritable monnaie de réserve et selon Claude Meyer, il est improbable qu’il puisse détrôner le dollar durant les deux prochaines décennies.


En conclusion, si la Chine se défend d’ambitions hégémoniques, son attitude depuis la fin des années 2000 semble indiquer le contraire, du moins en Asie. Le sommet de l’APEC a montré qu’elle pouvait aujourd’hui parler d’égal à égal avec les grandes puissances.
En 2025, si on prolonge les courbes, elle aura en main tous les outils d’une grande puissance : industries, technologies, économie, finance et culture. Alors, lui suffira-t-elle d’avoir « retrouvé sa place » ou cédera-t-elle à la tentation hégémonique, comme d’autres grandes puissances avant elle ?

La conférence a été suivie d’un cocktail où Alumni et Etudiants de Sciences Po Paris en échange à Tokyo ont pu échanger avec les entreprises membres présentes.

Membres bienfaiteurs

    • A. RAYMOND JAPAN CO., LTD
    • AGS
    • AIR FRANCE
    • AIR LIQUIDE JAPAN LTD
    • AKEBONO BRAKE INDUSTRY CO., LTD
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    • BACCARAT PACIFIC KK
    • BARON PHILIPPE DE ROTHSCHILD
    • BLUEBELL JAPAN LTD
    • BNP PARIBAS
    • BOLLORE LOGISTICS JAPAN K.K.
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    • CLUB MED K.K.
    • CREDIT AGRICOLE CORPORATE AND INVESTMENT BANK
    • DAIMARU MATSUZAKAYA DEPARTMENT STORES
    • DAIWA HOUSE
    • DANONE JAPAN CO., LTD
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    • DELOITTE TOUCHE TOHMATSU
    • DIGITAL SURF
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    • ERNST & YOUNG
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    • FRENCH FANDB
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    • GRAND HYATT TOKYO
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    • HACHETTE COLLECTIONS JAPAN KK
    • HAYS
    • HERMÈS JAPON CO., LTD
    • HYATT REGENCY TOKYO
    • ICHIKOH INDUSTRIES
    • JK HOLDINGS
    • KERING
    • KPMG
    • L'OREAL
    • LAGARDERE ACTIVE ENTERPRISES
    • LEFEVRE PELLETIER & ASSOCIES
    • LONGCHAMP
    • LVMH MOËT HENNESSY-LOUIS VUITTON
    • MARUYASU INDUSTRIES
    • MAZARS JAPAN KK
    • MIKADO KYOWA SEED
    • MITSUI FUDOSAN
    • NATIXIS TOKYO BRANCH
    • NESPRESSO
    • NIHON MICHELIN TIRE CO., LTD.
    • NIKON-ESSILOR CO., LTD
    • NISSAN MOTOR CO., LTD
    • NTN CORPORATION
    • ORANGE JAPAN
    • OTSUKA CHEMICAL CO., LTD
    • PARK HYATT TOKYO
    • PERNOD RICARD JAPAN KK
    • PEUGEOT CITROËN JAPON CO., LTD
    • PIERRE FABRE
    • PRIOR CORPORATION
    • PURATOS
    • PWC
    • RELANSA, INC.
    • RENAULT
    • RICHEMONT JAPAN LIMITED
    • ROQUETTE JAPAN KK
    • S.T. DUPONT
    • SAINT-GOBAIN (GROUP)
    • SANOFI
    • SIA PARTNERS
    • SMBC
    • SOCIÉTÉ GÉNÉRALE
    • SOLVAY JAPAN
    • SWAROVSKI JAPAN
    • SYSMEX BIOMERIEUX CO., LTD.
    • TASAKI
    • THALES JAPAN KK
    • TMI ASSOCIATES
    • TOTAL TRADING INTERNATIONAL SA., TOKYO BRANCH
    • TOYOTA BOSHOKU CORPORATION
    • TOYOTA TSUSHO
    • VALEO JAPAN CO., LTD
    • VALRHONA
    • VEOLIA WATER JAPAN KK
    • WENDEL JAPAN KK

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