Quand la dépression s’invite dans l’entreprise

À l’occasion d’un comité ressources humaines organisé le 14 septembre 2011, la CCIFJ a réuni deux experts de ces questions : Akio Koyama, médecin, dirigeant la clinique spécialisée Yurakucho Sakura Clinic, et Jean-Denis Marx, avocat du cabinet Baker & McKenzie GJBJ Tokyo Aoyama Aoki Koma.

Management/RH | 17 octobre 2011

Tous les pays de l’OCDE ont observé ces vingt dernières années une forte augmentation des cas de dépression ou de troubles bipolaires. Le Japon n’échappe pas à ce phénomène, qui bouscule certains fondamentaux du monde du travail, tels que le culte de la performance ou le cloisonnement entre sphère professionnelle et sphère privée. À l’occasion d’un comité ressources humaines organisé le 14 septembre 2011, la CCIFJ a réuni deux experts de ces questions : Akio Koyama, médecin, dirigeant la clinique spécialisée Yurakucho Sakura Clinic, et Jean-Denis Marx, avocat du cabinet Baker & McKenzie GJBJ Tokyo Aoyama Aoki Koma.

La difficile gestion d’un phénomène multi-facettes

Devant l’impressionnante progression du nombre de personnes souffrant de troubles psychologiques au Japon, les autorités nipponnes ont multiplié les moyens et dispositifs consacrés à cette problématique. Cette question est d’autant plus sensible dans l’Archipel, car le suicide est aujourd’hui la première cause de mortalité des personnes âgées de 20 et 30 ans. De nombreux facteurs peuvent créer un état de dépression, et le docteur Koyama souligne que ce type de troubles résulte fréquemment de la conjonction entre des facteurs internes (personnalité, hérédité, santé fragile…) et des facteurs externes (environnement familial, social ou professionnel). Le climat professionnel est toutefois un facteur déterminant pour de nombreux patients japonais. Or pour plusieurs raisons, la prise en charge des troubles psychologiques liés au travail reste aujourd’hui difficile.

La première difficulté concerne le manque de communication entre les différents acteurs concernés par la maladie, à savoir le patient, l’entreprise, et le médecin. Le plus souvent, le seul vecteur de communication entre ces entités est le certificat d’arrêt de travail. D’après Akio Koyama, le médecin du travail a un rôle important à jouer pour faciliter les échanges entre les acteurs. L’autre difficulté tient au manque d’organisation des entreprises pour détecter et prendre en charge les employés souffrant de dépression. En termes de détection, peu de sociétés intègrent un examen psychologique à l’examen médical annuel. Cette situation devrait prochainement évoluer car les autorités japonaises envisagent de rendre cet examen psychologique obligatoire. Le docteur Koyama insiste en outre sur la nécessité pour les sociétés d’ajuster l’environnement du travail afin d’accompagner le rétablissement des personnes souffrant de dépression : « il existe un fort risque de rechute des patients souffrant de troubles psychologiques. Près de 50% des employés qui reprennent le travail s’arrêtent de nouveau quelques mois après » explique le spécialiste. Il conseille notamment aux entreprises d’aménager le temps de travail de ces employés, voire de leur proposer une formation visant à rétablir leur niveau de compétence et de motivation.

Un employeur pris en tenaille entre une obligation générale de sécurité et l’obligation de préserver la confidentialité des informations personnelles

La prise en charge des employés souffrant de dépression peut être perçue comme une obligation morale de l’entreprise, mais c’est avant tout une obligation légale clairement établie. Elle résulte notamment de l’obligation qu’à l’employeur de permettre à ses employés de travailler dans un environnement sûr. Sur cette base, l’employeur doit protéger la vie, l’intégrité physique et la santé de ses employés. Concrètement, les autorités japonaises ont tendance à voir dans l’excès de travail la cause unique des cas de dépression en milieu professionnel et la réglementation croissante sur la « santé mentale » donne une importance considérable aux heures de travail et à leur encadrement.

L’obligation légale de protection des employés peut cependant entrer en conflit avec une autre exigence légale : celle relative à la protection des informations personnelles.

« Les sociétés désirant mettre en œuvre une gestion suivie des cas de dépression doivent être vigilantes sur le maniement d’informations hautement sensibles » prévient Jean-Denis Marx. Les données relatives au personnel sont couvertes par les différentes obligations liées à la protection des données personnelles et les informations liées à la santé ou à l’état psychologique d’un employé ont un caractère extrêmement sensible qui requiert un degré de protection encore plus grand. Le traitement d’un employé présentant des troubles doit nécessairement passer par la communication de cette information à des tiers ce qui implique a priori d’obtenir le consentement de l’intéressé. Ceci rend bien entendu la recherche d’une solution encore plus difficile. Entre ces deux risques, l’employeur devra donc naviguer avec précaution.

 

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