Chronique du yen changeant

Le yen et les délocalisations

La chute du yen pourrait-elle ralentir, voire inverser les délocalisations de l’industrie japonaise ? C’est ce que prétend le gouvernement Abe en défendant sa politique d’affaiblissement du yen

Le Japon vit indubitablement une délocalisation de son outil industriel vers les pays émergents. Celle-ci s’accélère depuis le choc Lehman de 2008, qui a porté un coup terrible (bien plus fort que la catastrophe de Fukushima) à l’économie intérieure. Les entreprises nippones ont compris depuis longtemps que leur avenir était hors de l’Archipel. La population japonaise vieillit et diminue, ce qui pose des problèmes insolubles aux entreprises pour leur production comme pour leurs ventes.
Les résultats sont déjà là. Selon les chiffres du METI, depuis 2001, la part du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises japonaises à l’étranger est passée de 11 à 17%, et celle de leurs dépenses d’investissement à l’étranger a bondi de 9 à 19%. En 2009, toujours selon le METI, les entreprises consacraient encore plus de 80% de leur cash-flow à des investissements au Japon ; ce ratio est tombé à 55% aujourd’hui. On les comprend : le taux de rentabilité des filiales nippones à l’étranger est le double de celui au Japon.
Selon Hiromichi Shirakawa, de Crédit Suisse, l’affaiblissement du yen depuis l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe en décembre aura bien un effet positif global sur les résultats des entreprises au Japon cette année. Mais cet effet demeurera extrêmement limité (+1,5% sur le bénéfice d’exploitation des entreprises japonaises pour l’exercice fiscal 2013) et partiel. Les secteurs très énergivores (électricité), consommateurs de matières premières (papier, extraction), ou impuissants face à la hausse des coûts importés, souffrent déjà de la chute du yen. Sans compter les consommateurs, qui voient avec effroi les prix à la pompe flamber.
Hiromichi Shirakawa distingue le secteur manufacturier et le secteur non manufacturier. Pour le premier, « même une forte chute du yen ne pousserait pas les entreprises de ce secteur à relocaliser au Japon. Dans le transport ou le textile, où les coûts de matières premières et d'énergie importées sont très importants, un yen faible les pousse même à délocaliser davantage ». La chimie et l’électronique pourraient être des exceptions, tempère toutefois Hiromichi Shirakawa. Dans le secteur non manufacturier, un yen faible n’est pas davantage incitatif à relocaliser, hormis pour quelques secteurs, dont la distribution. « S’ils veulent vraiment enrayer les délocalisations, nos hommes politiques doivent mettre en place une fiscalité favorable à l’investissement intérieur, financer la recherche-développement et construire une infrastructure industrielle qui favorise la productivité », met en garde Hiromichi Shirakawa.
Le Japon ne souffre pas, fondamentalement, d'un problème de monnaie. La baisse du yen ne corrige pas la baisse d’attractivité des exportations japonaises en comparaison de leurs concurrentes sud-coréennes ou allemandes. Pire, elle atténue le problème, et incite à reporter encore les restructurations. Panasonic, qui a perdu 1.500 milliards de yens en deux ans, ne souffre pas, fondamentalement, d’un problème de change.

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