EDUCATION : France Japon, au coin !

Être ou ne pas être possible de redoubler : telle est la question qui agite de nouveau le vaste monde de l’éducation en France. Parents, enseignants et leur ministère de tutelle ne sont pas du tout d’accord sur cette question. 62% des parents et 63% des enseignants estiment que le redoublement est une bonne institution selon un sondage OpinionWay. Nombre de sociologues, d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation estiment en revanche qu’il faudrait en réduire considérablement l’application, voire le supprimer.
Dans une étude parue en 2009, PISA (Programme for International Student Assessment), qui ausculte les différents systèmes d’éducation au sein de l’OCDE (il publie le fameux rapport Pisa tous les trois ans, qui compare les systèmes éducatifs entre eux), analyse la France et le Japon parmi d’autres États-membres sur cette question. Les deux pays campent deux positions radicalement opposées parmi les pays développés.
La France est l’une des championnes du redoublement dans l’OCDE. 38% des élèves français de quinze ans ont redoublé au moins une fois, contre zéro au Japon (la moyenne de l’organisation internationale est à 13%) selon PISA. « Certains pays adoptent un système d’éducation global non sélectif qui vise à garantir l’égalité des chances dans l’apprentissage pour l’ensemble des élèves, laissant aux établissements et aux enseignants le soin de gérer la diversité des besoins des élèves », écrit PISA, évoquant le Japon mais aussi la Corée du sud ou la Norvège. « D’autres pays regroupent les élèves, que ce soit dans d’autres établissements ou d’autres classes au sein des mêmes établissements, de façon à les prendre en charge selon leur potentiel académique, leurs intérêts et/ou leur comportement » : dans ce deuxième groupe se reconnaîtront la France, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg. Interrogée, l'équipe de direction du LFIT (Lycée Français International de Tokyo) nous indique qu’« à Tokyo, nous ne faisons redoubler qu’une infime minorité d’élèves (moins de 1% en 2012), toujours avec la quasi-certitude que cette expérience leur sera bénéfique. Il s'agit d'une décision consentie dans la très grande majorité des cas, après dialogue avec l'élève, sa famille et l'équipe pédagogique. La qualité de ce dialogue comme la mise en œuvre des différents outils de la pédagogie différenciée au primaire comme au secondaire (aide individualisée, accompagnement personnalisé, projets personnalisés de réussite éducative ...) nous permettent d'apporter une aide aux élèves rencontrant des difficultés et de limiter fortement les redoublements. Nos résultats aux évaluations nationales comme aux examens (Brevet des Collèges et Baccalauréat), très supérieurs aux moyennes enregistrées en France, nous laissent à penser que notre pratique est la bonne. Les établissements du réseau de l'Agence pour l'Enseignement Français à l’Étranger sont à cet égard en pointe et ont devancé les vœux de notre Ministre de l’Éducation Nationale en terme de limitation des redoublements ».
Le jugement du rapport est de son côté sans appel : pour PISA, le redoublement n’améliore pas le système dans son ensemble. Les méthodes du « premier groupe » précédemment mentionné l’emportent sur celles du « second ». « De façon générale, les systèmes d’éducation qui cherchent à répondre à la diversité des besoins des élèves en faisant redoubler ou en transférant vers d’autres établissements les élèves en difficulté ne parviennent pas à améliorer leurs performances globales et, dans certains cas, accentuent même les inégalités socio-économiques », écrit PISA. « Nous montrons que les élèves issus de pays où l’on pratique le redoublement ont de plus mauvais résultats à nos évaluations que ceux qui ne le pratiquent pas », assène Miyako Ikeda, de l’OCDE. Le rapport souligne enfin qu’indépendamment de sa vertu pédagogique ou non pour l’élève, le redoublement est très cher pour le contribuable (8000 euros au collège, 10.500 euros au lycée en France), et pour la société en ce qu’elle retarde l’entrée de l’élève sur le marché du travail. Le débat est ouvert. À vos plumes !

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