Enseignement supérieur : Bernard Ramanantsoa tire la sonnette d'alarme

De passage au Japon, le directeur général d’HEC exprime ses inquiétudes sur l’enseignement en France

La publication du classement PISA vous a-t-elle inquiété ?
La France n’investit pas assez dans son éducation. Il faut arrêter de se dire en France qu’on pourra faire « mieux » avec « moins ». Sur le long terme, dès qu’on diminue les dépenses, on fait moins bien. Notre pays est en-dessous des normes internationales d›investissement dans l›enseignement supérieur : 1,5% du PIB, en dessous de la moyenne de l’OCDE (1,6%) et très loin derrière les États-Unis avec leurs 2,8%. C›est inquiétant pour l’avenir. On se prépare des lendemains difficiles dans quinze ou vingt ans. Je crains que ça soit le cas aussi dans le secondaire.

Cela a-t-il toujours été le cas ? Après tout, la France a produit pléthore de brillants chefs d’entreprise et chercheurs...
PISA révèle que la France est un pays inégalitaire dans son éducation. Je pense que comme le niveau se dégrade, les classes favorisées trouvent des compensations : cours privés, etc. Le système des grandes écoles arrive à s’en sortir ; mais il est attaqué tous les jours. Il y a des coups d’épingle : quand le ministre attaque des profs de prépa, ça n’est pas neutre. Je comprends la position du ministre, qui est de faire des choix. Mais je pense que ce sont des choix extrêmement dangereux. 

Ce déséquilibre est-il justifié par les moyens alloués aux grandes écoles par rapport au reste de la « masse » de l’enseignement supérieur ?
Vincent Peillon avait grosso modo pour idée de moins payer les professeurs de prépas pour donner davantage aux professeurs de ZEP. Cette réforme a été reportée. C’est un vrai choix, mais le gouvernement devrait plutôt choisir d’augmenter la dotation globale pour l’enseignement. Il y a quelques années, déjà, j’avais écrit que ceux qui disaient que les grandes écoles étaient trop riches n’avaient probablement pas de passeport et n’étaient jamais sortis de France. Si vous allez à Yale, d’où je reviens, on vous fera visiter le très impressionnant nouveau bâtiment de la business school . À Singapour, c’est la même chose. Les moyens mis en œuvre pour l’enseignement supérieur sont très importants : malgré la popularité de l’enseignement à distance, vous voyez que ces pays continuent à croire dans l’investissement immobilier et dans les professeurs.

N’y a-t-il pas une crise générale du statut de l’éducation en France ?
Nous Français n’avons pas compris qu’il y avait deux catégories de pays : ceux qui investissent dans la création de savoir, et ceux qui privilégient la reproduction du savoir. Toutes les études montrent que ceux qui investissent dans le savoir seront en haut sur la courbe d’efficience des technologies. Les autres seront des copieurs. Ce choix que nous semblons faire de fait est calamiteux pour l’avenir et ne nous leurrons pas : on ne changera pas de catégorie de joueurs avec moins de moyens que les autres : « faire mieux avec moins » est un discours de campagne électorale.

Vous craignez que la France passe de la catégorie des créateurs de savoir à celle des copieurs de savoir ?
Je le crains, oui.

Des pays sont-ils passés de la seconde à la première catégorie ?
Indéniablement, Singapour, la Corée du Sud. La Chine, peut-être. La corrélation entre démocratie et excellence académique ne me saute pas aux yeux. Et je ne serais pas prêt à vivre dans un pays non démocratique, mais on peut rêver du Canada avec ses 2,7% du PIB consacrés à l’enseignement supérieur …ou de la Finlande avec ses 1,9% !

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Dépenses pour l’enseignement supérieur/PIB
France : 1,5%
Japon : 1,5%
OCDE : 1,6%
États-Unis : 2,8%

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