Michel Sapin : « Nos démarches sont similaires »

En visite au Japon, le ministre des Finances a démarré un dialogue 
de haut niveau avec son homologue japonais

Quels ont été le programme et les objectifs de votre visite au Japon ?
Après Singapour et Jakarta, j’ai souhaité commencer ma visite au Japon par les « provinces », bien que je n’aime pas trop ce terme, et j'ai visité celles d’Aichi et de Gifu. Le gouverneur de Gifu est un ancien de l’ENA, francophone et francophile, très volontaire pour promouvoir l’image de la France. A Aichi, j’ai visité les très belles infrastructures des stations d’hydrogène. La promotion de technologies nouvelles est un sujet important de la filière automobile, et le résultat d’un travail conjoint entre Toyota Tsusho et Air Liquide.
A Tokyo, l’objectif principal était de participer à la première réunion du « dialogue économique » de haut niveau, souhaité par le Président français et le premier Ministre japonais. Pour la première fois, un dialogue s’instaure dans la durée entre les ministres des Finances. Pour le Japon, c'est une nouvelle pratique. Une autre rencontre aura lieu à Paris, en plus des réunions du FMI et du G20. Toutes les occasions d’entretenir ce lien sont décisives.

Comment analysez-vous la situation économique japonaise ?
Les problématiques économiques et financières du Japon sont très similaires à celles qui secouent l’Europe. Nous sommes sur des sujets communs. On retrouve des similitudes de chiffres entre les deux situations et de fait, les « trois flèches » correspondent aux trois grandes politiques que nous cherchons à mener de manière équilibrée en Europe : politique monétaire, politique budgétaire, réformes structurelles. La France s'emploie à ne pas connaître une période de croissance trop faible et d’inflation trop faible et trop longue, comme au Japon.

Quels sont les sujets de préoccupation des acteurs japonais que vous avez rencontrés ?
J’ai souhaité rencontrer le ministre de la Revitalisation, qui m’a expliqué le programme de réformes de façon très énergique. Il est très déterminé. J’ai également rencontré le gouverneur de la Banque centrale du Japon. Un gouverneur de Banque centrale qui demande une hausse des salaires, c’est peu courant !
En l’absence du Président, j’ai également souhaité voir le vice-Président de l’organisation patronale et le Président de la principale organisation syndicale salariale. Nous avons abordé des sujets de fiscalité, comme la baisse de l’impôt sur les entreprises et la TVA. Tous se disent favorables à la hausse de la TVA pour financer la sécurité sociale et le système des retraites. C’est surprenant quand on vient de France, même s’il y a une marge entre nos taux.
J’ai également rencontré au cours d’un petit déjeuner les principaux assureurs privés, qui sont de gros investisseurs, notamment dans les obligations. Ils font confiance à la France et à la dette française. Ce sont des gens très informés, qui sont aussi demandeurs d’informations très précises sur la situation européenne, celles des différents pays, et l'avenir de la BCE. Leur préoccupation commune majeure est de savoir comment retrouver la croissance et lutter contre la trop faible inflation. Les « trois flèches » sont à cet égard plus faciles à mettre en place ici qu’en Europe, où il faut coordonner les différentes situations des Etats membres. C’est pourquoi la France porte une vision globale de la politique budgétaire moins restrictive, pour ne plus peser négativement sur la croissance. Elle pousse, comme le Japon, pour une politique budgétaire plus allante.

Comment les Japonais que vous avez rencontrés réagissent-ils aux attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo ?
La population japonaise a réagi de façon informelle avec beaucoup de sympathie. Par exemple, lors de notre visite du Château de Nagoya, notre guide a sorti de son sac une belle pancarte calligraphiée qui disait Je suis Charlie.
Tous les responsables que j’ai rencontrés ont également fait référence aux événements qui ont frappé la France en insistant beaucoup sur la question de la liberté de la presse et d’expression. Le sujet ne fait pas débat ici, c’est une valeur fondamentale. Nous avons abordé la question du financement du terrorisme. Il y a une communauté de pensée sur ces sujets : le phénomène est perçu comme mondial et ils sont convaincus qu’il faut tout faire pour lutter contre ces financements. Même si la menace leur paraît lointaine, ils savent qu’elle peut les frapper comme lors de l’attentat au gaz sarin. Je les ai trouvés très proactifs sur ce sujet, prêts à faire bouger la régulation interne, notamment en matière de surveillance des flux financiers car ils savent qu’ils ont beaucoup de chemin à faire. Ils font souvent référence au fait que les Etats-Unis sont très exigeants en la matière.

La surveillance des flux financiers est-il un sujet important pour les Japonais ?
Je les ai trouvés très volontaires sur cet aspect de la réglementation financière. Ils veulent l'étendre à l’ensemble des entités financières, et pas seulement aux banques. Le sujet sera d’ailleurs abordé lors du prochain G20 pour apporter une réponse coordonnée au niveau international. La coopération devra être internationale. Elle peut passer par des échanges d’informations automatiques pour identifier la source des capitaux, grâce aux outils d’organismes comme Tracfin.

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