Oil-yasu!

Le Japon est rentré, comme le reste de la planète, dans l'ère du pétrole bon marché en 2014. Nous avons demandé l'éclairage d'Hubert de Mestier, professeur (Todai, Chuo...) et ancien dirigeant de Total au Japon.

Quelle est l'importance du Japon dans la consommation mondiale du pétrole ?
Le Japon demeure le troisième importateur de pétrole au monde. La consommation de pétrole du Japon baisse pour quantité de raisons : diminution et vieillissement de la population, évolution de la consommation vers des modèles moins énergétivores (les jeunes utilisent beaucoup moins l'automobile que leurs aînés par exemple), vigoureuse politique d’économies d'énergie du gouvernement et des entreprises... La demande de pétrole a diminué de 22% depuis 2000, même après le choc de Fukushima et l'arrêt de l'industrie nucléaire.
Mais l'Archipel demeure le troisième plus gros consommateur, et le troisième plus gros importateur de pétrole, avec 4,4 millions de barils importés par jour en 2014. Le cours du baril est aussi important en ce qu'il sert de référence au cours d'autres énergies importées par le Japon, comme le gaz naturel liquéfié.

Le pétrole bon marché est-il une bonne nouvelle pour l'Archipel ?
Depuis juin dernier, le cours du baril a glissé de 110 à 51 dollars sur le marché mondial. Le Japon est un marché d'acheteurs de pétrole, pas de producteurs, par conséquent tout le monde est heureux à court et moyen terme ici, car la facture énergétique baisse. Mais les décideurs, au Japon comme ailleurs, savent qu'un pétrole bon marché n'est pas une bonne chose à long terme. Pourquoi ? Parce que le pétrole nécessite des moyens de plus en plus coûteux d'extraction et de production. En 1859, le « colonel Drake » a dû forer jusqu'à seulement 23 mètres de profondeur pour ouvrir le premier puits de pétrole de l'histoire de l'Humanité aux Etats-Unis. Aujourd'hui, on doit extraire l'énergie à des kilomètres sous les fonds marins. On creuse sous les pôles pour trouver du pétrole. Or les banques ne financent ces investissements gigantesques que s'ils sont justifiés sur la base de prix du baril suffisamment élevés. Beaucoup de chantiers liés à l'énergie sont actuellement gelés parce que le pétrole est trop peu cher. C'est mauvais pour l'économie mondiale. Mais la demande globale d'électricité ne cesse de croître, et je pense que les prix vont bientôt remonter.

Comment les Japonais, qui importent la quasi-totalité de leur énergie, peuvent-ils se prémunir contre les variations de cours ?
En investissant dans leur production. Idemitsu, Marubeni, Mitsubishi ou encore Inpex et Japex ont investi ou s'apprêtent à le faire dans des grands projets gaziers (gaz de schiste ou autres hydrocarbures non-conventionnels) et dans de grands projets de terminaux méthaniers sur la côte ouest du Canada, voire aux Etats-Unis. Ils visent ainsi à décorréler le prix du gaz naturel liquéfié de celui du pétrole, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Les Japonais paient leur gaz naturel quatre fois plus cher que les Américains. Les Japonais s'intéressent aussi beaucoup aux énergies non conventionnelles, au premier rang desquelles le gaz de schiste et l'huile de schiste.



Dans une étude intitulée The end of expensive oil, Crédit Suisse a dressé la liste des gagnants et des perdants japonais de l'ère du pétrole bon marché. Les aciéristes et le secteur de la métallurgie, premiers consommateurs d'énergie (la production de titane est la plus énergétivore), sont les premiers bénéficiaires de la nouvelle donne. Toutes les activités liées à la pétrochimie, qui utilisent comme matière première le naphta, produit de distillation du pétrole, profitent également du baril bon marché. Dans l'automobile, les fabricants de pneumatiques se frottent aussi les mains, car le caoutchouc synthétique qu'ils utilisent est produit à partir du butadiène, autre produit issu de la distillation du pétrole. Les industries du papier et du verre, qui utilisent beaucoup de pétrole (et non du gaz) pour leur électricité, bénéficient également du baril faible. Le consommateur est, en bout de chaîne, le grand gagnant du pétrole bon marché : l'énergie représente 6% des dépenses des ménages japonais.

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