Politique : François Fillon

Venu en personne pour être décoré par l'Empereur du Japon et par Shinzo Abe du Grand Cordon de l'Ordre du Soleil Levant, François Fillon était passé « juste pour saluer » 
les correspondants français à Tokyo. Mal lui en prit : deux heures plus tard, la France était réveillée par une bordée de dépêches sur son « appel de Tokyo », dans lequel il affirmait sa volonté d'être candidat à l'élection présidentielle de 2017. Devant FJE, il a surtout parlé du Japon. Florilège.

Une décoration au Japon est assez formelle. Rien n'est laissé au hasard. Nombreux ne viennent pas, mais j'ai tenu à venir la chercher.

Je suis venu au Japon une première fois en 1989 pour une course automobile, à Suzuka. Je suis aussi venu en 1995 et en 1996. Puis en 2008, et en 2011, après la catastrophe.

J'aime bien le Japon. Je pense que le gouvernement français n'a pas toujours eu des relations très suivies avec ce pays. Il y a eu un moment où la Chine a attiré toute l'attention. On avait le sentiment que le Japon devenait négligeable. J'ai tenu à rappeler que ce pays, malgré toutes les difficultés qu'on connaît, demeure une très grande puissance économique et scientifique.

J'ai toujours dit qu'après ma vie de Premier ministre, je viendrais passer un long moment au Japon, me promener et faire ce que je n'ai jamais pu y faire au cours de visites officielles toujours trop courtes. Cela fait partie de mes engagements non tenus...

Comparaisons

Le Japon recèle beaucoup d'enseignements. Ce qui est comparable, c'est que nous sommes deux vieux pays industriels menacés par le déclin. Il est intéressant de voir comment le Japon résiste à ce déclassement. En France, on a pensé un instant qu'on pouvait se passer d'usines. Le Japon demeure une puissance industrielle alors que notre capacité industrielle n'a cessé de se réduire. Je lisais dans la presse ce matin que le Japon se lançait dans la bataille pour construire le meilleur supercalculateur au monde : voilà un réflexe que nous n'avons pas. La société française a longtemps pensé que l'industrie était faite de métiers peu valorisants, avec de notre côté la recherche et le savoir-faire, et les producteurs de l'autre côté. Aujourd'hui il faut changer les mentalités, la formation professionnelle... Tout le monde se rend compte qu'on ne peut pas s'en sortir sans industrie.

Cinéma

Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à aimer le Japon. Après ma première visite, je me suis intéressé à la littérature et au cinéma japonais. Je trouve dans cette culture raffinée et codifiée quelque chose qui me correspond. Certains se sentent à l'aise ici, d'autres non. Moi, oui. Le vrai choc que j'ai eu est quand je suis venu vers 1988 au Japon. Kyoto et l'architecture. L'odeur du bois... Mon professeur de collège me disait toujours que tout ce qui était inutile était laid en architecture... Et voilà, dans l'architecture nippone, tout est utile.

J'ai eu des problèmes épouvantables de dos en 2008. À l'époque, j'ai loué une maison où j'étais incapable de bouger. Eh bien, j'ai visionné l'œuvre intégrale d'Akira Kurosawa. Je dois cependant confesser que le mal de dos, plus Kurosawa, peut pousser à une certaine déprime...

Je me rappelle que nous avons eu un incident à l'Assemblée Nationale pendant le débat sur ma réforme des retraites, en 2003. Ce débat avait duré jour et nuit. Le député communiste Jean-Pierre Brard, qui menait la bataille, alimentait le débat avec n'importe quoi. Il a dit à un moment que ma réforme allait faire de la France la copie de La Ballade de Narayama, film de Shohei Imamura dans lequel les septuagénaires s'en vont mourir volontairement au pied d'une montagne... Et il se trompe de réalisateur, et l'attribue à Kurosawa ! Je me suis levé et j'ai dit : « Non là, c'est vraiment insupportable. Vous étalez votre culture et vous ne savez même pas de qui vous parlez ! »

J'ai eu aussi beaucoup de contacts avec les Japonais quand je m'occupais des 24 heures du Mans. Les Japonais ont une caractéristique : ils n'ont jamais gagné Le Mans. Sauf une fois, dans des conditions anormales. Or ils y avaient mis des moyens gigantesques. Ma conviction est que s'ils n'arrivent pas à gagner Le Mans, c'est parce qu'il y faut une capacité d'improvisation. J'ai l'impression que l'improvisation est toujours difficile dans la culture japonaise.

Fukushima

J'ai beaucoup travaillé sur Fukushima. Aux premières heures de la crise, nous avons sans cesse proposé du matériel. Nous n'avons jamais eu de réponse. Nous n'avions pas d'interlocuteur.

Impair

J'ai vécu un drame avec l'Impératrice. Lors du voyage avec Jacques Chirac en 1996, au moment des présentations, l'Impératrice est venue me saluer pour me dire à quel point elle était heureuse de me « revoir ». Or je ne l'avais jamais vue. Devant mon air surpris, elle a précisé : « Mais si ! À Toulouse ! » Et j'aperçois à ce moment Philippe Douste-Blazy, maire de Toulouse, brun à mèche comme moi, et je lui dis : « non, c'est lui! » Elle a blanchi...

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