SANTE : en voie de guérison

Les industriels européens de la santé compte sur la levée d'obstacles administratifs que subissent aussi leurs concurrents japonais.

 

Bureaucratie
Retard dans les homologations, bureaucratie tatillonne, gestion publique calamiteuse, lobbying des médecins...
Les critiques du ministère de la Santé ne manquent pas parmi les industriels étrangers. « L'autre jour j'ai vu que le Japon venait d'approuver un traitement contre la maladie de Parkinson. C'est un produit auquel les Européens ont accès depuis quinze ans », explique l'un d'entre eux. Le directeur général d'un fabricant de vaccins et de médicaments vétérinaires étranger explique : « au moins le ministère de la Santé accepte-t-il les dossiers d'enregistrement sous forme électronique. Le ministère de l'Agriculture en est encore aux dossiers volumineux en papier, entièrement en japonais (y compris la traduction des publications originales en anglais). Le ministère de la Santé reconnaît les Bonnes Pratiques de Fabrication européennes, mais pas le ministère de l'Agriculture, qui demande une accréditation des sites de production étrangers y compris pour les fournisseurs de matières premières ».
Pourtant la plupart des acteurs étrangers reconnaissent les efforts entrepris ces dernières années par le gouvernement japonais. Ils notent la diminution du drug lag, ce délai imposé par la bureaucratie japonaise qui retarde l'entrée sur le marché de nouveaux médicaments, avec des conséquences non dites, mais dramatiques pour les malades.

Un énorme potentiel
De leur côté, les Japonais avancent que l'industrie étrangère aurait tort de trop se plaindre : les importations de produits pharmaceutiques progressent rapidement en raison du vieillissement accéléré de la population japonaise. À ceux qui accusent l'Archipel de protectionnisme médical, le ministère des Finances (MoF) réplique par un chiffre-choc : selon lui, plus de la moitié du déficit commercial japonais est imputable aux importations pharmaceutiques. « Dans les cinq dernières années, les importations médicales ont augmenté de 730 milliards de yens, tandis que les exportations n'ont pas bougé, à 370 milliards », explique le MoF dans une étude. Le « déficit pharmaceutique » du Japon est sensiblement le même que celui de la France. Moralité implicite : la France est aussi « ouverte » que le Japon.
Mais cette analyse statistique fait litière des bizarreries ou des lenteurs administratives japonaises. C'est sur ce point que porteront les négociations. Sur ce sujet, les Européens auront comme alliés invisibles les industriels japonais de la pharmacie, soumis aux mêmes fourches caudines.
Exemple : les accords « volume/prix ». Un industriel explique : « si un médicament rencontre un grand succès et génère un important volume de ventes, le prix de remboursement est revu à la baisse. Sur certains produits, cela se traduit par une chute du prix de 17%! » Ainsi, le Nexavar, médicament contre le cancer du foie développé par Bayer et Onyx, a vu son prix amputé de 16%. « Nous demanderons que ces réductions de prix n'aient pas lieu pendant la durée du brevet. Nous pensons, et les Américains aussi, que cela pénalise l'innovation. Mais il est vrai que c'est une excellente arme pour le contrôle des prix », explique-t-on côté européen.    
Autre exemple, pointé dans le Livre blanc de l'EBC : la durée maximum de prescription de quatorze jours pour les nouveaux médicaments durant leur première année de commercialisation. Raison officielle : les médecins doivent pouvoir suivre ces nouveaux médicaments au plus près la première année, période pendant laquelle apparaissent leurs effets secondaires. Raison officieuse : les médecins japonais ont tendance à ne pas lire les contre-indications des remèdes qu'ils prescrivent. Raison encore plus officieuse : de la sorte, les médecins se garantissent des visites répétées des patients, donc des revenus supplémentaires.

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