Sempai/Kohai

Richard Collasse, directeur-général de CHANEL KK
Kazuhiro Oide, président fondateur de SUN DESIGN

 

L’un est le disciple de l’autre. Les deux sont amis. Ils se racontent pour FJE.

Comment l’avez vous rencontré ?
RC : J’étais très jeune. Je dirigeais le bureau des parfums Givenchy lorsque j’ai appris que M. de Givenchy allait venir présenter sa dernière collection. Je devais être présent pour la sélection des mannequins avec le producteur du show. Je n’avais aucune idée de la mode. Pour moi, la mode, c’était de grandes filles superbes entourées d’hommes qu’elles n’intéressaient pas... Et me voici donc, assistant à un défilé de créatures sublimes, à côté d’un Japonais vêtu de cuir des pieds aux oreilles qui me caressait le genou en me demandant mon avis. Ce Japonais, c’était lui.

KO : Ma première impression de lui, c’est celle d’un jeune garçon mignon, avec les cheveux très frisés.

Pourquoi votre amitié a-t-elle été si longue ?
RC : Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Après ce premier show nous en avons imaginé beaucoup d’autres, dont un « show Givenchy » avec Audrey Hepburn pour le trentième anniversaire des créations d’Hubert de Givenchy. Ces shows étaient presque impossibles à réaliser. Oide san a été l’exécuteur de mes idées les plus folles. Il a été avec moi dans tous les moments, heureux ou tristes. Plus que mon sempai, il est devenu mon grand frère, m’introduisant dans des mondes japonais que je n’aurais pas pénétrés sans lui.

KO : Pour moi il a toujours été facile à vivre. Il parle très bien japonais et est plus « japonais » que beaucoup de Japonais. Il tient toujours ses promesses et est d’une exceptionnelle fidélité.
Quand nous sommes allés louer le NHK Hall, je lui ai dit que c’était impossible. Il m’a répondu qu’il allait les convaincre avec sa passion. Et il l’a fait.
Après avoir quitté Givenchy, Richard est parti pour Chanel et nous avons continué à travailler ensemble. Mais même s’il était parti travailler hors de la mode, nous serions restés de très proches amis. Nous sommes tout à fait ouverts l’un avec l’autre, même sur notre intimité. Plus que des amis, nous sommes des frères. Ce qui nous rassemble, c’est la volonté d’aller au bout d’une idée, d’une ambition. Richard terminera toujours ce qu’il a commencé.

Quand vous a-t-il impressionné ?
RC
: Quand je lui ai dit que nous ne ferions pas le show dans un grand hôtel, comme tout le monde, mais sur la scène du NHK hall, ce qui était considéré impossible car la NHK, par statut, ne fait la promotion d’aucune marque, et qu’une fois convaincu il a tout fait pour concevoir un show avec une mise en scène jamais égalée depuis dans la mode.

KO : Outre le show Givenchy, il m’a souvent impressionné. Après le 11 mars, il est allé souvent dans le Tohoku et a travaillé sans compter pour que la France manifeste son amitié au Japon. Par exemple, la collaboration entre le parc de Shinjuku et les Jardins de Versailles. Ici encore, jamais je n’aurais imaginé que les deux jardins puissent ainsi s’échanger des fleurs. Mais il devrait être clair à tous maintenant que rien ne résiste à l’enthousiasme de Richard.

Que voudriez-vous lui dire, que vous n’avez jamais osé lui dire ?
RC
: Ne me laisse pas seul dans ce monde !

KO : On s’est à peu près tout dit et je ne lui ai jamais rien caché. Mais il y a une chose que je ne cesse de lui répéter, sans succès : je voudrais vraiment qu’il arrête de chevaucher des Harley Davidson !

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