Vent de révolte chez les électriciens japonais

Révolution tardive

Jusqu’au 11 mars 2011, le Japon avait largement ignoré la révolution des énergies renouvelables qui avait saisi, des années plus tôt, les pays occidentaux ou encore la Chine. Sa stratégie énergétique reposait essentiellement sur le développement de son parc nucléaire et l’entretien de ses grandes centrales thermiques. Mais après la destruction de la centrale de Fukushima Dai-Ichi et la mise à l’arrêt progressive de la totalité des réacteurs qui généraient un tiers de l’électricité du pays, les autorités ont dû, dans l’urgence, revoir en profondeur leur politique énergétique. Et en quelques mois, elles ont dessiné l’un des programmes de développement du renouvelable les plus ambitieux de la planète. 

Deux ans après la mise en place, à l’été 2012, de ce plan de soutien aux fermes solaires, aux champs d’éoliennes et aux centrales géothermiques, Tokyo doit faire face à une révolte de ses électriciens, qui dénoncent une stratégie intenable, et doit réfléchir à une nouvelle réforme. « Je reconnais que le système est floué », a publiquement reconnu Kenji Yamaji, le responsable du renouvelable au ministère de l’Industrie.


Très coûteux renouvelable

Depuis l’été 2012, pour encourager les investisseurs à se mobiliser rapidement sur des projets d’énergie renouvelable, le gouvernement a imposé aux électriciens de très coûteux tarifs d’achat (FIT ou feed-in-tariffs) de cette électricité renouvelable produite par des indépendants. Avec un rachat à 42 yens par kWh, les projets photovoltaïques japonais se sont imposés, en 2012, comme les plus rentables de la planète. Même si ce tarif baisse graduellement d’année en année, le prix japonais reste extrêmement avantageux. Après un calcul rapide, des milliers d’entreprises ou de financiers, n’ayant parfois aucune expérience dans le secteur, se sont précipités dans la brèche. Plus d’un million de projets de production d’énergie renouvelable, essentiellement dans le solaire, ont ainsi été déposés auprès des autorités. 

Beaucoup ont été concrétisés. L’an dernier, le pays avait ainsi vu l’installation de plus de 7,1 gigawatts de capacité dans le solaire, soit plus que la totalité du parc photovoltaïque espagnol. Mais des dizaines de milliers de projets sont, eux, deux ans plus tard, officiellement toujours en cours de développement. « Le problème, c’est qu’il y a beaucoup de projets farfelus et pas mal d’escrocs », souffle un acteur du secteur qui note que le système japonais souffre des failles similaires à celles connues en Allemagne. 


Un processus

Pour bénéficier sur une période de vingt ans des généreux tarifs fixés par l’Etat, il suffit, en effet, d’obtenir, à temps, une demande d’agrément auprès du gouvernement ainsi qu’un accord informel de l’électricien régional concerné. La date du lancement effectif de la centrale solaire ou même des études sérieuses sur sa faisabilité ne sont pas intégrées au processus de validation. Nombre d’investisseurs ont donc déposé très tôt, dans l’urgence, des dossiers pour se voir garantir les tarifs les plus élevés et attendent maintenant une chute des prix des installations pour éventuellement lancer leur ferme solaire à des taux de rentabilité record. 

Submergés par les développements sérieux et les projets farfelus, les électriciens n’ont dès lors plus aucune visibilité sur la réalité de la capacité qui va être installée. Si tous les projets approuvés par le gouvernement étaient lancés, le photovoltaïque pourrait représenter plus de 8% de la production électrique nippone et génèrerait un surcoût potentiel, sur les factures d’électricité de la population de 3.000 milliards de yens, soit 21 milliards d’euros. Débordés par cette flambée, cinq grands électriciens ont annoncé en septembre qu’ils refuseraient désormais de donner leur accord préalable à tout nouveau projet solaire voulant se connecter à leur réseau. Depuis, d’autres producteurs se sont joints à leur révolte.

Affirmant comprendre l’exaspération de ses électriciens, Tokyo a promis de faire le ménage. Le gouvernement devrait notamment modifier les règles de subventions en permettant aux électriciens d’annuler plus facilement leurs promesses de rachat aux développeurs les moins sérieux et ne devrait garantir les tarifs qu’aux projets photovoltaïques faisant l’objet d’un contrat formel avec un électricien.

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