Editorial


Le rapprochement de la France et du Japon depuis l'élection de François Hollande corrige une négligence provisoire. Deux présidents de la République ont porté un intérêt particulier à ce grand pays : Jacques Chirac et François Mitterrand. Tous deux avaient compris l'importance des racines dans un monde qui change de plus en plus vite. Ils avaient retrouvé au Japon la base culturelle « structurante » qui fonde la France. Le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius partage cette vision. Il a eu l'intuition, au moment de l'élection présidentielle, et en se rendant au Japon, que ce pays n'avait pas le rang qu'il méritait pour la France. À cette intuition s'ajoutaient des considérations rationnelles : le Japon est une démocratie, un très grand marché intérieur, et un élément de stabilité dans une région en train de devenir le centre du monde. J'ai pensé à mon tour, dans le cadre de la mission que m'a confié Laurent Fabius, qu'il fallait développer en France l'appétit de Japon de nos acteurs économiques et culturels.
 
J'ai connu le Japon en trois fois. Ma première visite a eu lieu en 1964, au moment des Jeux Olympiques de Tokyo et du « miracle économique » que vivait ce pays. La seconde était dans les années 80, au moment de sa suprématie économique et industrielle, en particulier dans l'automobile. À l'époque, tout le monde venait s'inspirer des méthodes japonaises. Ma troisième « expérience japonaise » fut à partir de 1998 la construction de l'« Alliance » entre Renault et Nissan. Et j'ai toujours été frappé qu'il n'y ait pas eu davantage d'imitateurs de Renault-Nissan. S'il y a des difficultés réelles à investir au Japon, elles ne sauraient justifier l'inaction.
 
Or ces obstacles vont baisser dans les années à venir, notamment à l'occasion des négociations en vue d'un accord de partenariat économique entre l'Union Européenne et le Japon. J'ai pu constater, lors de ma semaine d'entretiens au Japon avec les plus importants acteurs politiques et culturels, à quel point les Japonais étaient demandeurs de partenariat avec les Européens, en particulier la France.
 
Il est faux de penser que le rapprochement avec les États-Unis en cours, voulu par la majorité qui vient de prendre le pouvoir au Japon, se fera aux dépens de l'Europe. Cette dernière aura un rôle éminent dans l'alliance de démocraties dans laquelle veut s'insérer le Japon. Le Japon a déjà compris que ses demandes de levée des barrières tarifaires européennes ne se feront qu'en échange de celles des non tarifaires japonaises, et il travaille déjà dans ce sens avec des premiers résultats prometteurs.
 
Reste aux Français à saisir à leur tour cette occasion. Certes les organisations patronales japonaises et leurs représentants officiels tempèrent l'enthousiasme des décideurs politiques et culturels. Mais dans ce domaine, une alliance objective avec les entreprises japonaises déjà engagées dans la mondialisation, qui ont tout intérêt par exemple à l'adoption de normes universelles, peut être trouvée. Le protectionnisme est une idée démonétisée, qui n'a pas retrouvé d'attrait même à la faveur de la grave crise que nous traversons.
 
C'est dans ce cadre prospectif qu'une visite du Président de la République française au Japon doit être inscrite. Celle-ci, qui devrait déboucher sur la signature d'une « feuille de route » quinquennale entre nos deux pays, sera un point de départ plutôt qu'une arrivée. Nos relations, chaleureuses, doivent être structurées.

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