Industrie : Pleins gaz

Le Japon est en pleine révolution 
de son approvisionnement énergétique

La crise de Fukushima aura donné du courage au gouvernement japonais. À la mi-septembre, le ministre de l'Économie et de l'Industrie, Toshimitsu Motegi, s'est publiquement rebellé contre les pratiques commerciales des grands producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) qui imposeraient, selon lui, des factures beaucoup trop élevées aux électriciens du pays. Depuis 2011, le Japon est contraint d'acheter d'énormes quantités de carburant pour compenser l'arrêt de ses centrales nucléaires. « Le gaz naturel liquéfié a une température de moins 162 degrés. Mais je suis convaincu que nous allons avoir des discussions beaucoup plus chaudes », a lancé, il y a quelques jours, Toshimitsu Motegi, lors d'une réunion des principaux fournisseurs de l'archipel.
Le gouvernement japonais s'inquiète du déséquilibre de sa balance commerciale, essentiellement alimenté par le renchérissement de ses importations d'énergie fossile. Il estime qu'il est en droit de demander une révision des pratiques régissant le marché mondial du GNL. Plus grand importateur mondial de gaz, le Japon, comme ses voisins chinois ou sud-coréen, paye, depuis des années, un supplément – l'Asian premium - pour détourner les méthaniers des autres marchés et sécuriser son approvisionnement.
Ce surcoût historique, en partie indexé sur l'évolution du cours du pétrole, a récemment entraîné une rapide envolée des prix des cargaisons dans la région, par rapport aux tarifs pratiqués en Occident. « Le Japon paye aujourd'hui environ 16,3 dollars par million de BTU (unité thermique britannique), ce qui revient à quatre fois le prix pratiqué aux États-Unis, où le GNL se vend à 3,8 dollars par million de BTU », a rappelé Toshimitsu Motegi, avant d'expliquer que la découverte de réserves massives de gaz de schiste en Amérique du Nord bouleversait la donne mondiale et devait donc enclencher une révolution de ces pratiques tarifaires.

Sus aux gisements étrangers
Achetant toujours l'essentiel de son gaz en Australie, au Qatar ou encore en Malaisie, dans le cadre de contrats négociés sur vingt ans avec les grands groupes pétroliers, le Japon voudrait inciter ses partenaires à accepter de renégocier leurs prix. Pour les convaincre, Tokyo pousse ses électriciens et ses maisons de négoce à multiplier les contacts et les investissements aux États-Unis, où ils pourraient, à leur tour, profiter des prix bas du gaz de schiste.
Coûtant 4 dollars par million de BTU à la sortie des puits situés notamment dans le nord-est américain, le gaz de schiste se renchérit au fil de son trajet vers le Japon. Il doit d'abord traverser le pays dans un gazoduc jusqu'à une usine de liquéfaction, située sur la côte, qui va le transformer pour le stocker dans des méthaniers géants qui parcourront ensuite plus de 15.000 kilomètres jusqu'à un terminal gazier japonais. Au total, selon les calculs de Mizuho Securities, ces cargaisons de gaz américain arriveront dans l'Archipel au prix très intéressant de 12 dollars par million de BTU, soit un tarif inférieur de 25% au montant actuellement payé par les électriciens nippons.
Après 2015, ce prix pourrait même légèrement reculer lorsque les méthaniers pourront réduire leurs parcours en empruntant, pour la première fois, le canal de Panama, où des travaux d'élargissement sont en cours, plutôt que de contourner l'ensemble du continent américain.
Finalement convaincus par le gouvernement de tenter l'aventure américaine, Sumitomo et Tokyo Gas se sont engagés, en 2012, à acheter, chaque année et pendant vingt ans, 2,3 millions de tonnes de GNL au terminal de Cove Point, implanté au sud de Baltimore et contrôlé par le groupe Dominion Resources. Ils espèrent les premières livraisons à l'horizon 2017. Chubu Electric et Osaka Gas ont, eux, négocié l'achat de 2,2 millions de tonnes de gaz chacun au terminal de Freeport, situé sur Quintana Island au Texas. Ces deux projets viennent d'obtenir le feu vert du département américain à l'énergie (DoE) qui se doit de valider ou de rejeter les projets d'exportation de gaz vers les pays ne jouissant pas d'un accord de libre échange avec Washington.
À Tokyo, les experts assurent que la lenteur et les périls de cette procédure de validation ont été l'une des principales motivations du gouvernement Abe lorsqu'il a annoncé son intention de participer au Partenariat trans-pacifique (TPP) aux côtés des États-Unis. Une fois ce pacte signé, les entreprises nippones pourront, en effet, bénéficier sans restriction du gaz de schiste américain et doper leurs volumes d'achat qui ne vont couvrir, dans les premières années, qu'une infime partie de la demande intérieure. À moyen terme, lorsqu’il gagnera en importance, ce nouveau flux commercial pourrait contraindre les actuels fournisseurs du pays à tenir compte du coup de colère de Toshimitsu Motegi.

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