Bilans d’évènement

Le smartphone en Asie révolutionne les rapports humains

Sébastien Adgnot

Le 11 janvier dernier, le Club VIE Japon (Volontaires Internationaux pour Entreprendre) a eu le plaisir d’accueillir Sébastien Adgnot, Manager chez Google Japan, à l’Espace Images de l’Institut Français pour partager son expertise sur l’utilisation grandissante des smartphones comme moyens de paiement dans le continent asiatique. Spécialiste de la vulgarisation de la technologie, il sert d’interface entre les ingénieurs de Google et ses partenaires extérieurs.

« Suffisamment bons »

Sébastien Adgnot a rappelé que la technologie du paiement via smartphone s’inscrivait dans un contexte particulier pour chaque pays. En Occident, le paiement sans contact repose en grande partie sur l’initiative de grandes banques et de sociétés de cartes de crédit. Justifiant son focus particulier sur l’Asie, Sébastien Adgnot a expliqué que les systèmes de paiement européens et américains « suffisamment bons » créent un statu quo qui ralentit de fait l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux usages (plus simple, plus rapide, moins cher). Là où les banques sont accessibles à une grande partie de la population en France (agences en ville) et qu’elles offrent avec leurs cartes de crédit un système avantageux de fidélisation (Miles, récompenses…), en Chine, c’est loin d’être encore le cas. Les banques publiques, critiquées pour les frais onéreux qu'elles facturent et pour la piètre qualité de leurs services, se font distancer par les banques en ligne et les systèmes de paiement par smartphone. De quoi laisser à Tencent et Alibaba, les géants du numérique chinois, une voie royale pour accélérer les innovations.

Le plat principal

« En Amérique, l’e-commerce est le dessert. En Chine, c’est le plat principal » : cette citation de Jack Ma, le patron d’Alibaba, s’illustre bien par les résultats impressionnants des transactions par smartphone en Chine. Chaque mois, un utilisateur chinois de smartphone effectue plus de 50 transactions sur WeChat – l’appli à tout faire développée par le géant Tencent – et plus d’une dizaine sur son concurrent Alipay. En comparaison, un utilisateur nord-américain sort sa carte de débit 23 fois par mois, et sa carte de crédit seulement 10 fois.

Le système Alipay développé par Alibaba est au centre d’une stratégie moteur au cœur du groupe chinois (dont les transactions dépassent celles d’Amazon et d’eBay réunies) : il s’agit d’un véritable écosystème, non pas d’une solution unique mais de services « qui se connectent entre eux et se développent à l’infini pour peu que de nouveaux services apparaissent. » « Le monde de la finance a besoin d’un élément perturbateur » a encore dit Jack Ma. « Si les banques sont incapables de changer, nous allons les forcer à changer. » Dès lors, non content de proposer à ses utilisateurs de faire leurs achats en ligne, de payer leur course de taxi ou leur facture d’électricité, Alipay propose grâce à ses sociétés affiliées, une banque en ligne (MYBank), un système de « credit score » (Sesame Credit) similaire à celui mis en place par les banques aux Etats-Unis et un produit de placement (Yuebao) qui offre des taux de rentabilité très supérieurs aux banques classiques. De quoi alarmer les banques publiques qui cherchent des solutions pour éviter que les liquidités ne leur échappent, mais aussi donner du grain à moudre aux analystes qui affirment que le développement de la finance sur Internet pousse les grands groupes à innover.

Une révolution sans contact

Sébastien Adgnot a rappelé que le Japon a été pionnier en la matière en lançant en 2004 l’osaifu-keitai (« mobile portefeuille »), un système développé par NTT DoCoMo qui sert à la fois de portefeuille électronique, de carte d’identité, de carte de fidélité et de carte de transports. Une révolution, dans un pays dominé par les transactions en espèces. Pourtant, faute de proposer un système unifié et intégré, le système reposant sur un éventail d’applications pour chacune desquelles il faut avoir créé un compte, reste peu pratique et peine à intégrer la vie courante en l’état. Il est aussi très difficile d’accès pour les utilisateurs non japonais.

Cependant, avec les Jeux Olympiques de Tokyo de 2020 dans le viseur, le pays s’ouvre peu à peu aux standards internationaux de paiement sans contact avec des exemples qui « vont dans le bon sens » comme le paiement par smartphone rendu possible dans tous les taxis de la compagnie Japan Taxi. Une avancée des technologies poussée par les grands acteurs du paiement en Occident (Visa, Mastercard) pourrait aussi avoir lieu d’ici 2020, même s’il est difficile d’imaginer les Japonais changer radicalement de moyens de paiement dans une société qui reste attachée au cash. Mais vu la politique de taux bas et l’inflation quasi nulle qui piège le Japon depuis plusieurs décennies, il suffirait peut-être qu’un « perturbateur » suive l’un des multiples exemples d’Alibaba pour allumer l’étincelle de l’innovation.

Le Club VIE qui a fêté récemment ses 10 ans fédère l’ensemble de la communauté des ex-VSN, CSN, VIE, VIA vivant en France et dans le monde. Fort de ses 12 000 membres, il facilite les liens entre eux, contribue au développement d'opportunités professionnelles et promeut l'embauche de VIE. Activement soutenu par Business France, la CCI France Japon et le Comité des CCE au Japon, le Club VIE Japon est présidé par Frédéric Bénoliel, CCE, qui assure également depuis peu la coordination avec les autres Clubs VIE en Asie Pacifique.

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France Japon Eco N° 157

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