Riz bio: suivez les cigognes

Riz bio: suivez les cigognes

L’aménagement des rizières en milieu naturel pour cigognes a valorisé la récolte de Toyôka

TOYÔKA

Et le salut vint des cigognes. La ville de Toyôka (ouest du Japon) ne se résignait pas à la modernité. Les cigognes d’Extrême-Orient, locataires des marais de la commune pendant des siècles, avaient déserté les lieux au commencement de l’ère Meiji. La popularisation de la chasse, l’abattage des pins (où elles faisaient leur nid), la réduction du nombre de rizières et l’utilisation massive des pesticides les avaient poussées à déserter les lieux. Mais la mairie était sensible à l’héritage naturel de sa ville ; notamment un certain M. Kimura, employé municipal.

En 1965, la mairie se saisit du problème. Elle obtient de l’Union Soviétique (!) six cigognes de Sibérie pour reconstituer, en captivité, leur population ; mais celles-ci se révèlent infertiles. En 1971, les cigognes ont totalement disparu du ciel des environs. La mairie installe autour des rizières des poteaux adéquats pour que les cigognes y fassent leurs nids.

 

LES RIZICULTEURS AU SECOURS DES CIGOGNES

Surtout, elle parvient à convaincre une partie des riziculteurs d’adapter leurs méthodes de travail pour nourrir un écosystème dans lequel les cigognes puisent leur alimentation en têtards, insectes, etc. Une révolution verte avant l’heure : ne pas utiliser de pesticides ; retarder la saison de l’assèchement des rizières ; maintenir les rizières inondées pendant l’hiver. Des efforts très durs pour les riziculteurs engagés. Mais qui paient. « Le 5 août 2002 est apparu dans le ciel une première cigogne de Sibérie ! », raconte-t-on à la mairie.

D’autres suivront. Les cigognes deviennent les plus fameux touristes de la région. Et lui donnent une aura qui rejaillit sur la production rizicole du village, désormais baptisée « riz de la cigogne » (kô-no-tori maï). Valorisé grâce à son histoire exceptionnelle, il s’écoule deux fois plus cher que les riz concurrents. « En 2003 le riz de la cigogne était cultivé sur 0,7 hectare. Aujourd’hui il est cultivé sur 400 hectares » se réjouit Takashi Iemoto, en charge de la commercialisation dudit riz à la mairie de Toyôka. La production atteint bon an mal an 2000 tonnes. Toyôka vise désormais les marchés étrangers, avec en premier point de mire cinq pays : les États-Unis, l’Australie, Hong Kong, Singapour et Dubaï. Le « riz de la cigogne » est déjà adopté par quelques grands chefs japonais, comme Hisao Yamada et Yoshihiko Kôsaka à New York. « Aujourd’hui, plus de 160 cigognes volent de nouveau dans le Japon. Les agriculteurs ont changé leur méthode pour permettre aux cigognes de survivre dans la nature. En résulte ce riz biologique, notamment servi dans toutes les cantines des écoles de la ville » s’enthousiasme Jade Nunez, coordinatrice des relations internationales de la mairie. RA

 

 

Riz bio: suivez les cigognes

Riz bio: suivez les cigognes

L’aménagement des rizières en milieu naturel pour cigognes a valorisé la récolte de Toyôka

TOYÔKA

Et le salut vint des cigognes. La ville de Toyôka (ouest du Japon) ne se résignait pas à la modernité. Les cigognes d’Extrême-Orient, locataires des marais de la commune pendant des siècles, avaient déserté les lieux au commencement de l’ère Meiji. La popularisation de la chasse, l’abattage des pins (où elles faisaient leur nid), la réduction du nombre de rizières et l’utilisation massive des pesticides les avaient poussées à déserter les lieux. Mais la mairie était sensible à l’héritage naturel de sa ville ; notamment un certain M. Kimura, employé municipal.

En 1965, la mairie se saisit du problème. Elle obtient de l’Union Soviétique (!) six cigognes de Sibérie pour reconstituer, en captivité, leur population ; mais celles-ci se révèlent infertiles. En 1971, les cigognes ont totalement disparu du ciel des environs. La mairie installe autour des rizières des poteaux adéquats pour que les cigognes y fassent leurs nids.

 

LES RIZICULTEURS AU SECOURS DES CIGOGNES

Surtout, elle parvient à convaincre une partie des riziculteurs d’adapter leurs méthodes de travail pour nourrir un écosystème dans lequel les cigognes puisent leur alimentation en têtards, insectes, etc. Une révolution verte avant l’heure : ne pas utiliser de pesticides ; retarder la saison de l’assèchement des rizières ; maintenir les rizières inondées pendant l’hiver. Des efforts très durs pour les riziculteurs engagés. Mais qui paient. « Le 5 août 2002 est apparu dans le ciel une première cigogne de Sibérie ! », raconte-t-on à la mairie.

D’autres suivront. Les cigognes deviennent les plus fameux touristes de la région. Et lui donnent une aura qui rejaillit sur la production rizicole du village, désormais baptisée « riz de la cigogne » (kô-no-tori maï). Valorisé grâce à son histoire exceptionnelle, il s’écoule deux fois plus cher que les riz concurrents. « En 2003 le riz de la cigogne était cultivé sur 0,7 hectare. Aujourd’hui il est cultivé sur 400 hectares » se réjouit Takashi Iemoto, en charge de la commercialisation dudit riz à la mairie de Toyôka. La production atteint bon an mal an 2000 tonnes. Toyôka vise désormais les marchés étrangers, avec en premier point de mire cinq pays : les États-Unis, l’Australie, Hong Kong, Singapour et Dubaï. Le « riz de la cigogne » est déjà adopté par quelques grands chefs japonais, comme Hisao Yamada et Yoshihiko Kôsaka à New York. « Aujourd’hui, plus de 160 cigognes volent de nouveau dans le Japon. Les agriculteurs ont changé leur méthode pour permettre aux cigognes de survivre dans la nature. En résulte ce riz biologique, notamment servi dans toutes les cantines des écoles de la ville » s’enthousiasme Jade Nunez, coordinatrice des relations internationales de la mairie. RA

 

 

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